26/04/2016

"Le Voyageur contemplant une mer de nuages" ("Der Wanderer über einem Nebelsmeer"), 1818 du peintre allemand Caspar David Friedrich (1774-1840)...

 

 

Le rôle de l'Art c'est d'intensifier l'individuation en produisant du discernement. L'Art discerne du singulier - càd de la nécessité et de l'incomparable - dans ce qui n'est d'abord que de l'artifice et de la reproduction.

 

Bernard Stiegler

 

 

 

"L'Art NE peut PAS changer le monde, MAIS il peut contribuer à changer la conscience ET les pulsions des hommes et des femmes qui pourraient le changer"


Herbert Marcuse

 

 

"Les esthétiques marchandes qui triomphent n'ont nullement l'ambition de nous faire toucher un absolu en rupture avec la vie quotidienne; c'est une esthétique de consommation et de divertissement dont il s'agit : non plus des arts destinés à communiquer avec des puissances invisibles ou élever l'âme par l'expérience extatique de l'Absolu, mais des "expériences" consommatoires, ludiques et émotionnelles aptes à divertir, à procurer des plaisirs éphémères, à doper les ventes. Plus l'art s'infiltre dans le quotidien et l'économie, moins il est chargé de haute valeur spirituelle; plus la dimension esthétique se généralise, plus elle apparaît comme une simple occupation de la vie, un accessoire n'ayant d'autre finalité que celle d'animer, décorer, sensualiser la vie ordinaire : le triomphe du futile et du superflu"

Gilles Lipovetsky et Jean Serroy dans "L'esthétisation du monde"

 

 « Jamais la culture artistique n'a connu une telle audience de masse mais d'un genre très spécifique, tant elle porte l'empreinte de l'esprit consumériste. Les oeuvres du passé ne sont plus contemplées avec vénération dans le recueillement et un silence plus ou moins mêlé de crainte, mais dans la décontraction typique des foules en vacances. Les tableaux comme les cathédrales sont en quelque sorte consommés comme dans un fast–food, selon une logique du zapping précipitéL'atmosphère auratique de l'oeuvre a cédé le pas à une expérience touristique, symptomatique de la société d'hyperconsommation. Dans nos sociétés, les oeuvres fonctionnent comme des objets d'animation de masse destinés à diversifier les loisirs et à «tuer» le temps. Le plus souvent, le visiteur de musée ne recherche pas une expérience esthétique «pure», mais avant tout des stimulations renouvelées, des émotions–seconde créant un temps récréatif. L'amateur d'art amoureux de contemplation esthétique, de parcours initiatiques et d'élévation spirituelle, ne constitue pas la figure type du visiteur des musées, des spectateurs de pièces de théâtre, d'opéras ou autres : celle qui domine est celle de l'homo consumericus à l'affût de divertissement et d'occupation du temps libre. Ce n'est pas l'éclipse de l'autorité de la culture artistique qu'il nous est ainsi donné de voir, mais une expérience inédite où l'admiration envers les oeuvres survalorisées, le plus pleinement reconnues, suscite de fait la même attitude, le même rapport temporel que la consommation des produits les plus communsNon pas en général annihilation des hiérarchies culturelles dans un relativisme culturel intégral, mais uniformité des comportements des individus consommateurs quels que soient les lieux, quelle que soit la reconnaissance dont bénéficie les oeuvres. N'en déplaise aux croisés de la haute culture, l'âge hypermoderne n'est pas ravagé par le nihilisme, l'indistinction et la confusion des valeurs. Point de nivellement des jugements et classements, mais une égalisation des comportements culturels. Rares sont ceux qui mettent un signe d'égalité entre Mozart et Madonna, un tableau de Rubens et un graffiti, uen statue de Rodin et la bouteille de Coca-Cola, le Don Quichotte et le Da Vinci Code. Le sens de l'admiration des grandeurs n'est nulllement dévasté. Ce qui définit plutôt la plupart d'entre nous, c'est une admiration immédiate ou dillettante, un culte des chefs-d'oeuvre auxquels on veut accéder tout de suite, sans travail culturel. On se  trompe en brandissant le danger de l'effondrement des hiérarchies et autorités traditionnelles. Dante, Rimbaud, Beethoven, Wagner, Goethe, Dostoïevski…etc sont plus que jamais honorés et placés au pinacle : simplement, la grande majorité ne les lit plus, ne les écoute plus, ils n'alimentent plus les pensées. Et, en général, les mêmes qui se désolent de la dégradation culturelle ne les fréquentent pas d'avantage. Ce n'est pas la hiérarchie culturelle qui s'évanouit, c'est la fréquentation fécondante des grandes oeuvres. Nous sommes à l'heure des sacralisations sans effets, sans conséquences, sans pratiques réelles. On reconnaît le génie des grandes oeuvres, on ne s'y plonge pas. Nul découronnement de la place de la grande culture, mais avènement d'un majesté symbolique sans pouvoir. Non pas dissolution de la place des plus hautes autorités, mais appréhension de celles-ci dans le code universel du tourisme mobile et du divertissement consumériste »

 

 

 

 

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